Versailles. Il avait envoyé 1 700 messages à l’élue de son cœur, dont il pourrissait la vie

Diagnostiqué Il avait envoyé 1 700 messages ou courriels à l'élue de son cœur.
Diagnostiqué érotomane, il avait envoyé 1 700 messages ou courriels à l’élue de son cœur. (©AdobeStock)

Il pensait avoir une relation amoureuse. Mais cette relation était totalement à sens unique.

Jonathan, qui habite Arcueil dans le Val-de-Marne, a été condamné à 12 mois de prison ferme, dont six avec suris, mercredi 22 mai.

Le parquet avait requis 18 mois d’emprisonnement à son encontre, dont 6 avec sursis.

Il tambourinait sur le portail de ses parents au beau milieu de la nuit

Dans le courant de l’année 2018, il avait jeté son dévolu sur une étudiante versaillaise, qui étudie le droit à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Du 28 février au 17 mai 2019, il l’a littéralement harcelée, lui envoyant 1 700 SMS, appels ou messages.

Jonathan lui envoyait des mails d’amour, de chantage au suicide mais aussi des menaces et insultes, allant jusqu’à menacer de mort son père ainsi que son enfant de deux ans ou encore ses amies.

L’étonnante histoire de cet amoureux éconduit a été retracée au tribunal correctionnel de Versailles (Yvelines), mercredi.

Malade d’amour

Un psychiatre qui a examiné son cas a estimé qu’il souffrait d’érotomanie. Une maladie psychiatrique provoquant la conviction délirante d’être aimé et pouvant conduire à des comportement fortement répréhensibles.

« Fin novembre nous étions en relation amoureuse », a décrit le jeune homme, droit dans ses bottes.

Titulaire d’une licence de droit, cet auto-entrepreneur installe des logiciels dans la vie. Il a d’ailleurs pour cette raison été soupçonné d’avoir piraté la boîte mail de sa belle, allant jusqu’à la faire virer de son travail. Fin août 2018, elle met fin à leur relation. Depuis, il la harcèle au téléphone.

Le 29 octobre 2018, la jeune femme pousse une première fois la porte du commissariat. Elle raconte avoir entretenu une relation sentimentale avec le prévenu pendant 3 semaines.
Ils étaient sortis ensemble et lui s’était une nouvelle fois montré « Insultant, envahissant et possessif ».

« Tournée d’adieu »

Mai 2019, Alice* compose le 17. Son prétendant pour le moins envahissant s’est présenté à trois reprises chez elle au domicile des parents à Versailles, tambourinant contre le portail pour la revoir, n’hésitant pas pour cela à violer son contrôle judiciaire.

Je ne voulais pas lui faire peur, je voulais juste faire une tournée d’adieu », soutient le prévenu, qui assure n’avoir fait que passer en voiture.

Le trentenaire est finalement interpellé le 20 mai à 16 h 10.

Je nie totalement l’avoir fait de façon malveillante. Ces appels étaient consentis de part et d’autre », intervient-il, lorsqu’on lui donne la parole au sujet de ses coups de fil intempestifs

Questionné par la procureure de la République sur son interdiction de fréquenter l’école de droit de la Sorbonne par son président en personne, Jonathan nie avoir été mis au courant d’un tel bannissement.

J’ai eu un comportement qui a dépassé toutes les limites morales. Je suis quelqu’un de lourd, à l’humour graveleux, je le reconnais. J’ai pété un câble. Je le regrette sincèrement », a lancé Jonathan en guise d’excuses.

Elle a été expertisée par un psychiatre, qui a considéré que cette situation la plongeait dans un stress profond. Ses parents le constatent, elle dépérit, à cause de ces appels qui arrivaient à tout heure, malgré le fait qu’elle change de numéro », lui a rappelé la juge.

150 jours d’ITT seront accordés à la jeune femme, en raison de son état psychologique.

D’autres victimes

L’aveuglement du jeune homme a fait soupirer d’agacement l’avocate de la défense, qui a rappelé que le prévenu comptait d’autres victimes de ses agissements. Des étudiantes, elles aussi, à qui il avait envoyé des photos après avoir discuté par tchat avec elles.

Ma cliente a perdu 9 kg et a loué un gilet pare-balles pour sortir dans la rue. Elle était obligée de prendre des mesures pour se protéger ». Et de décrire une jeune fille « apeurée, traumatisée, traversée par des idées noires ». « Il n’a pas l’air de prendre la demi-mesure de son attitude », souffle l’avocate.

« J’espère que le prédateur n’aura jamais sa proie »

Sous prétexte de deux ou trois semaines de relation amicale ou amoureuse, Monsieur a fait d’elle sa chose. Dans l’obligation de se soumettre à sa volonté d’homme », s’est ensuite lancée la procureure de la République, Léa Ferrane.

Cette dernière a décrit « une montée en puissance des violences » de la part de Jonathan, qu’elle a décrit comme un « prédateur traquant sa proie pour la fatiguer ».

Aujourd’hui j’espère que c’est le point final, et que le prédateur n’aura jamais sa proie. On a rarement des personnes érotomanes en face de nous. C’est une vraie maladie psychiatrique. Cette maladie si elle explique, elle n’excuse pas ».

Le mandat de dépôt a été délivré à l’issue de l’audience.

* Le prénom de la victime a été modifié

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