Trottinettes électriques : pourquoi c’est un marché qui roule

À Paris, ils seraient 50.000 chaque jour à louer l’une des trottinettes électriques en libre service. C’est devenu le rituel du matin pour Guillaume. Et ça dure depuis six mois : « Tous les jours, je commande une trottinette pour aller au travail. » Chaque engin est géolocalisé à distance grâce à une application téléphonique.

Quelques clics, et voilà Guillaume prêt à partir au travail, sur sa trottinette électrique en libre-service. « C’est toujours plus marrant et c’est très rapide. Du coup, quand il fait beau. C’est un peu plus cher que le métro, mais au moins on n’est pas serré. En fait, c’est même beaucoup plus cher que le métro », explique-t-il.
Pour chaque trajet, Guillaume doit payer un forfait d’un euro. Et 15 centimes supplémentaire à chaque minute d’utilisation. Si on compare avec un vélo en libre service, sur une année, la facture est trois plus élevée. Voilà sans doute pourquoi en quelques mois, huit opérateurs se sont lancés sur la marché parisien, et dans plusieurs grandes villes de France. Chez Flash France, l’une des dernières starts-up du secteur, c’est l’heure des comptes. 

8 opérateurs à Paris

En février, la marque a installé 500 trottinettes à Paris, mais pour s’imposer, le patron, Stéphane Mac Millan, veut aller plus loin. Pour cela, il a mis au point une trottinette sur mesure pour charmer les clients : « C’est une trottinette qu’on a développé de A à Z. Le design, la fabrication, etc..On a une prise USB pour le rechargement du téléphone, en matière de sécurité, on a un porte-téléphone, qui permet à la personne d’utiliser son GPS sans l’avoir à la main. On a des roues plus larges avec des amortisseurs. »
Le modèle doit surtout limiter les dégradations et les vols car actuellement, la durée de vie d’une trottinette sur les trottoirs n’est que de quelques mois. Mais cela n’entame pas l’optimisme de Stéphane qui recrute à tour de bras. « On est passé, de trois salariés à une trentaine de personnes en deux mois« , explique-t-il. Le secteur des trottinettes en libre-service fait recette en s’appuyant sur une organisation plutôt surprenante.

Pierre, chargeur de batterie

Pierre est un jeune boulanger de 21 ans et lorsqu’il achève sa dernière fournée de brioches, avant de rentrer chez lui, il part à la chasse aux trottinettes pour le compte des loueurs. Il est chargeur de batterie. Dans ce petit monde, on appelle cela un « juiceur », comprenez un fournisseur de jus. Et ce n’est pas toujours facile de retrouver ces trottinettes, éparpillées dans toute la ville. 

« Je me sers de l’appli pour voir si j’ai une trottinette à récupérer, en rentrant chez moi ». Pierre n’est pas salarié. Il a le statut d’auto-entrepreneur. Plus il ramasse de trottinettes, plus il gagne de l’argent à la fin de la journée. « À chaque trottinette récupérée, je vais gagner 6 euros, qu’elle soit défectueuse ou pas défectueuse. » Sur les 6 euros, il faudra enlever les charges sociales et le coût de l’électricité. Pour être payé, Pierre doit encore signaler les problèmes sur la machine et la rapporter au dépôt.

Un rythme d’enfer

Le jeune homme n’a pas de voiture pour les transporter. Alors il a customisé sa propre trottinette pour les ramener à son domicile. Ce jour-là, le ramassage va durer quatre heures. Au final, cinq trottinettes qu’il va falloir charger toute la nuit au domicile familial. Pierre reste positif.

« La plupart du temps, la charge se fait en heures creuses. Du coup, on consomme pendant les heures creuses, donc du coup, indirectement, le coût, ça revient à moins cher. » La nuit va être très courte. Lever aux aurores pour Pierre, à 4h30
Sans réveiller ses proches et les voisins, le jeune boulanger va devoir sortir toutes les trottinettes, pour les disposer dans la rue à un endroit précis, transmis par l’application du loueur. En guise de salaire, Pierre va recevoir 30 euros cette nuit-là. 

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