Témoignages de parcours d’intégration réussis à Limoges pour la journée mondiale des réfugiés – Limoges (87000)

« Je suis arrivé le 3 août 2018 », « c’était le 24 octobre 2016 »…  Tous les réfugiés présents le jeudi 20 juin aux bureaux de l’OFII (Office français de l’Immigration et de l’Intégration ) à Limoges commencent leur histoire de la même façon. Tout commence à la date de leur arrivée en France, comme si à partir de ce jour là, il ne s’agissait plus que du futur. Aucun ne dit d’où il vient, ce qu’il fuyait, ce qu’il a laissé derrière lui : une famille, un foyer, un métier, une vie…

Tout, ici, n’est qu’affaire de reconstruction.

Les sept réfugiés présents ont reçu des mains du préfet Seymour Morsy leur attestation de clôture de leur Contrat d’intégration républicaine. Lors des derniers mois, ces réfugiés ont suivi des cours de français, des formations dans divers domaines…épaulés par leurs assistantes sociales, les associations, les organismes d’Etat, ils apprennent peu à peu ce qu’est la vie en France et formulent leurs rêves, ici, à Limoges, pour la suite de leur nouvelle vie.

Des dessins de presse et un restaurant franco-syrien

Amina a un sourire radieux. A presque cinquante ans, cette ancienne institutrice en Syrie, élégante et chaleureuse « croise les doigts ». D’une voix mal assurée mais dans un très bon français elle explique : « Etre institutrice ici en France, c’est très compliqué à cause de mon niveau de français. Mais j’adore cuisiner et j’ai fait une formation. Comme je le faisais bien, je me suis inscrite, avec de l’aide, au CAP cuisine au lycée professionnel Jean-Monnet. J’attends les résultats, alors on croise les doigts. » Après l’obtention de son diplôme Amina aimerait ouvrir un petit restaurant qui mêlerait les saveurs syriennes et françaises. Le préfet, lui demande de le prévenir de l’ouverture pour qu’il puisse venir y manger.

Son époux, Ali Hamra, dit devant toute l’assemblée toute la fierté qu’il a pour elle. Journaliste, caricaturiste en Syrie, il a vite compris qu’il serait difficile de retrouver le même travail ici en France. Mais Ali est motivé et il va aller à la rencontre de ses homologues, ici, en Limousin, où va se construire le reste de sa vie : « Je suis allé à Saint-Just-le-Martel rencontrer les dessinateurs de presse, la caricature c’était le point de départ pour sortir de ma situation. J’ai eu beaucoup d’invitations pour des expositions. Depuis deux ans, je suis auto-entrepreneur pour vendre mes dessins à distance. Tout cela demande des efforts énormes. » 

L’homme ne s’arrête jamais, son français presque impeccable révèle les 3 heures journalières à apprendre cette langue dont il ne connaissait que quelques lettres il y a encore 5 ans. Ses caricatures sont d’ailleurs exposées sur les murs de la petite salle de réception de l’OFII. Ali a aussi publié un livre La Syrie, tous complices, 155 dessins de presse pour raconter le conflit syrien. 

 Leurs trois enfants de 10,12 et 14 ans suivent leur scolarité à Limoges, s’adaptant bien à leur nouvelle vie française. Quand on évoque le passé, une simple réponse d’Ali : « On a déjà construit trois fois notre vie, quand on s’est installés ensemble, qu’on a acheté notre appartement. Ensuite quand nous avons fui de la Syrie pour l’Égypte et depuis presque cinq ans, on reconstruit encore notre vie ici en France. Alors les sentiments, on les garde dedans et on avance. »

« C’est le cœur qui parle » 

Le préfet de la Haute-Vienne ne peut cacher son émotion au moment du témoignage de Maryam Diaby. Toutes les personnes présentes dans la salle sont touchées par ce que vient de dire cette jeune Ivoirienne. « C’est le cœur qui parle ! » se contente de ponctuer le préfet Seymour Morsy. 

Maryam ne veut pas témoigner des détails de sa vie d’avant. « Je veux témoigner de ce que c’est, cette chance de se sentir capable de faire quelque chose. Je veux aussi remercier les personnes qui nous ont accueillis. Ce sont des êtres humains mais ils oublient un peu leurs vies pour s’occuper des gens qu’ils ont en face d’eux. »

La jeune femme arrivée en France fin 2016. En novembre 2018 elle signe son CIR, son niveau de français lui permet d’intégrer directement une formation d’employée commerciale qu’elle vient de terminer. Le préfet, en lui remettant son diplôme lui ordonne presque de passer les concours de la fonction publique : « On aurait besoin de travailler avec des gens qui portent votre message. » 

Pour Maryam, ceux qu’elle a rencontrés, qui l’ont aidée, ceux qui accueillent ont un rôle bien plus grand qu’ils ne le pensent. « Ils participent à la création d’une nouvelle femme africaine. Ils donnent des outils. Tous les enfants qui vont naître ici auront tous les choix : d’épouser qui ils veulent, de faire des études, et elles vont redonner tout ça à la France. C’est un beau métissage ! C’est comme un bon gâteau, c’est un mélange de saveurs. Je ne veux pas qu’on voit le côté victime, on reçoit mais on redonne ensuite. Tout ce que je demande, c’est de vivre bien. »

Accueillir c’est accompagner. Et aller avec la personne où elle veut aller

Pour Basseku Diaby, Guinéen arrivé en France en 2016, c’est une histoire de rencontre. Lors d’un partenariat avec Pôle Emploi, il rencontre Mylène Smolarczyk RRH d’Easydis, qui gère la logistique du groupe Casino. Elle lui propose d’abord un stage. Vient ensuite une période d’intérim. Et finalement, Basseku se verra proposer un contrat de professionnalisation en préparateur de commande. Pour lui, cet emploi est primordial, pour s’intégrer bien sûr, pour envisager son avenir mais aussi parce qu’il voudrait revoir sa famille. Depuis qu’il a quitté son pays, sa famille se cache. Il voudrait les faire venir en France, qu’ils soient réunis. Dans cette optique, encore une fois, Mylène est près de lui et s’investit pour l’aider à trouver un logement grâce à la politique du groupe. 

Mahdi Ali Abdifatah a 19 ans. Il fait partie des personnes prises en charge dans le cadre d’un sauvetage à Pozzallo en Sicile. Malgré un parcours difficile et son jeune âge, Mahdi Ali a multiplié les expériences depuis son arrivée en France témoignant de son envie et de son caractère volontaire. Formation en menuiserie, en restauration, deux stages en tant que serveur… Mais ce qu’il désire réellement c’est pouvoir travailler dans l’informatique. En Éthiopie d’où il est originaire il avait déjà commencé à se former. C’est ce qui a fait la différence alors qu’il passe son entretien pour intégrer un service civique à l’OFII. « Je suis très heureux. J’ai des amis. Je voudrais encore me former pour mieux parler français et après continuer dans l’informatique. »

De nombreux partenaires

La préfecture n’est pas seule dans ce combat qu’est l’accueil et l’accompagnement des réfugiés. Pas moins de 19 partenaires les soutiennent, parmi eux, Pôle Emploi la Cité des Métiers, la Mission locale de Limoges ou encore le CPH/AFPA…

Présents aujourd’hui, des représentants d’Easydis donc, d’Eiffage aussi, ou encore le patron de France Confection. Tous sont engagés dans la formation et le recrutement de réfugiés. Pour eux, qui ont témoignés tour à tour, il ne s’agit pas de parler d’administratif, de politique, de chiffres, mais d’humain. De savoir-faire et de savoir-être, d’un mélange des cultures, d’un enrichissement de chacun par sa volonté de connaître l’autre et de se nourrir des différences.

Le Contrat d’intégration républicaine
En Haute-Vienne, le processus d’intégration des primo-arrivants et des réfugiés, débute par la signature d’un Contrat d’intégration républicaine (CIR) mis en place par l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration complété par un dispositif d’accompagnement proposé par des partenaires locaux de l’OFII en lien avec la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCSPP) et de protection des populations et l’Unité départementale de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence et de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE). 

En 2018, en Haute-Vienne, presque 43% des réfugiés signataires d’un CIR sont en situation de retour à l’emploi.

Marion Dos Santos

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