Saisie de produits toxiques : des Gilets jaunes risquent la prison – 13/03/2019

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À la veille de l’Acte XV, huit suspects ont été interpellés en possession de produits chimiques à Toulouse. Mis en examen, laissés libres, le parquet requiert la prison pour quatre d’entre eux.

Ils sont unanimes : il s’agissait simplement de confectionner des fumigènes et des pétards. Pas des bombes artisanales. Le vendredi 22 février, à 20 h 40, les enquêteurs de la sûreté départementale de la cellule dédiée aux débordements en marge des manifestations des Gilets jaunes à Toulouse se déploient dans un appartement du quartier Purpan. Selon un renseignement anonyme, plusieurs membres de la mouvance ultra-gauche organisent une réunion pour confectionner des engins explosifs à destination des forces de l’ordre déployées pour l’Acte XV.

Après plusieurs perquisitions, les policiers ont réalisé une impressionnante saisie de produits toxiques : 5 litres d’acide chlorhydrique, 3 kg de salpêtre, de la fleur de soude ou encore, des morceaux de carton et de très nombreuses protections comme des masques à gaz, des lunettes de ski ou des gants. Ces produits, individuellement, sont inoffensifs mais «regroupés ensemble, ils deviennent explosifs», note le ministère public.

Huit personnes, sept majeures et une mineure, ont été interpellées (notre article du 23 février). Leurs téléphones portables étaient éteints et rassemblés dans la salle de bains. Après avoir été placées en garde à vue et mis en examen, toutes ont été libérées sous contrôle judiciaire dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire. Une décision dont a interjeté appel le ministère public, ce mardi, devant la chambre de l’instruction. «Nous ne sommes pas dupes ! Nous savons ce que vous prépariez !», lance l’avocat général, Bernard Lavigne, en s’adressant directement à la salle.

Faire «diversion»

Sur les bancs, des hommes et des femmes «comme tout le monde» : une animatrice socioculturelle, un autoentrepreneur, un peintre aéronautique, des syndiqués CFDT et CGC ou encore, un «campagnard qui ne veut plus entendre parler de Gilets jaunes». Un jeune homme de 25 ans, domicilié à Castelnaudary, qui justement «voulait faire péter une voie ferrée», d’après certains des huit individus interpellés. Pourtant, devant les enquêteurs, il a assuré être un «indic» de la police.

À l’encontre des sept majeurs présents hier, Bernard Lavigne a requis quatre placements en détention pour permettre de poursuivre les investigations le temps de l’instruction. Les trois autres resteront sous contrôle judiciaire avec, notamment, l’obligation de pointer chaque semaine au commissariat.

La défense bouillonne. Les conseils sont convaincus : il n’a jamais été question d’explosifs, pas même d’ultra-gauche. Juste des manifestants très impliqués qui voulaient faire «diversion». «Il faut sortir du contexte anxiogène», estime Me Martin Vatinel. Me Claire Dujardin rappelle, notamment, la synthèse de l’officier de police judiciaire : «Les auditions et saisies ne mettent pas en évidence une intention de fabriquer des explosifs». «Ce sont des Pieds nickelés. Et c’est le juge qui le dit !», relève Me Cécile Brandely.

Décision le 21 mars.

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