Pourquoi je n’ose pas créer mon entreprise ?

Monter sa boîte, c’est comme assembler un meuble Ikea : même motivé, on panique dès qu’on se met à feuilleter le plan de montage… Entrepreneuse, coach et lycéen nous livrent leurs points de vue.

L’avis de l’entrepreneuse : “Je sentais que l’aventure était faite pour moi… mais j’avais peur que le challenge ne soit trop grand”

Judith Touboul, fondatrice et directrice de la fbox de formation Workkit (workkit.fr) : « Dans mon ex-vie pro, j’ai gravi les échelons au sein d’un groupe agroalimentaire, jusqu’à devenir area manager. A la fin, je gérais des directeurs de boutique et pilotais la stratégie commerciale. Cent cinquante personnes étaient sous ma responsabilité indirecte. Le hic : je ne voyais plus comment je pouvais encore progresser et grandir dans cette structure. Dans la foulée, j’ai décidé de créer ma première entreprise : du consulting destiné aux personnes en SARL. Puis j’ai monté une seconde boîte avec des associés et j’ai salarié une collaboratrice. Nous proposons une box de formation. Evidemment, l’aventure ne va pas sans appréhension.

D’abord, j’avais peur de ne pas avoir les épaules d’une cheffe d’entreprise. Ce n’est pas parce qu’on sait lire des tableaux Excel ou encadrer des gens qu’on est capable d’avoir une vision pour sa société et de l’incarner au quotidien. Je me demandais si le challenge n’était pas trop grand, même si je le sentais vibrer au fond de moi. J’avais aussi peur que mon idée ne soit pas pertinente, que l’offre existe déjà, que ma proposition ne soit pas différenciante et que mon intuition, finalement, ne réponde pas à un véritable besoin. Enfin, je redoutais l’impact que ça pouvait avoir sur ma vie de famille. Heureusement, j’ai pu dépasser tout ça. J’ai réussi à me dire que ma contribution allait changer les choses. J’ai demandé un feed-back sur notre projet à mes proches et à des gens dans la formation. Ils m’ont rassurée : «Vas-y, lance-toi !» Sur le plan personnel, j’ai repensé les moments passés avec mes enfants en privilégiant la qualité par rapport à la quantité. Si je devais donner un seul conseil à ceux qui hésitent ? Cherche la réponse en toi et fais-toi un peu confiance.”

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L’avis du coach de dirigeants : “Rester salarié d’un travail que l’on n’aime pas, c’est aussi prendre un risque : celui de mourir d’ennui !”

Frédéric Adida, coach de cadres supérieurs, cofondateur du cabinet Assaté : « La plus grande peur, irrationnelle, est celle de se planter. Je dis souvent que se planter (plus que réussir), c’est apprendre. On doit assumer ce risque. D’ailleurs, rester dans un travail salarié que l’on n’aime pas, c’est aussi un risque. Celui de mourir d’ennui, et de se perdre. Le facteur d’échec le plus important quand on monte sa boîte est le manque d’adéquation au marché des produits ou services proposés. On peut se tromper, mais on a également le droit de faire bifurquer son idée de départ, de la faire s’adapter au secteur. Les gens qui s’égarent dans les études de marché et les conjectures («Quand est-ce que mon idée sera bonne ?») n’y arriveront pas. A un moment, il faut se jeter à l’eau. Aucune idée n’est sacrée, intouchable. Au contraire, il s’agit d’ajuster et de modifier son projet en le frottant à la réalité. Et de ne pas s’entêter.

L’investissement financier constitue aussi un frein. Il faut minimiser le coût de l’échec. En déterminant à l’avance combien on est prêt à perdre. Comme au casino. Se fixer une limite, sans jouer petits bras. Eprouver son idée, s’offrir le temps de la retoucher. Je propose de passer par plusieurs étapes de développement : free-lance, entrepreneur individuel, boîte solo, avec un associé, puis deux salariés… Graduer. Il ne faut pas s’imaginer trop vite grand patron ! Enfin, à ceux qui expriment la trouille de ne pas savoir s’occuper de la partie administrative, comptable, je réponds : dans l’entreprise, on est rarement utilisé pour ce qu’on sait faire de mieux, mais, ici, nos talents doivent être mis au cœur du projet. Le reste, on le délègue en s’entourant d’experts de confiance. »

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L’avis du lycéen : “Ça m’angoisserait de commencer à travailler sans savoir ce que je vais toucher à la fin du mois”

Evan, 17 ans, 1re S dans un lycée du Val-de-Marne : « Je ne suis encore qu’en première scientifique. Mais, autour de moi, j’ai déjà des potes qui parlent de monter leur boîte. L’un dans la gestion de talents sportifs, l’autre dans l’édition digitale. A côté d’eux, je me sens frileux, timide. Je n’ai pas trop cet appétit. Je préfère me voir salarié ou même fonctionnaire pépère. Ça me rassure. Je viens d’un milieu social modeste et je n’ai pas grandi avec l’idée de jongler avec de grosses sommes d’argent. Or, pour monter un business, il faut avoir des fonds de départ. Ou alors trouver des investisseurs, des business angels, et je ne sais même pas comment on fait. J’ai trop peur d’investir et de finalement perdre mon capital et me mettre en faillite.

En plus, je ne suis déjà pas à l’aise avec ce qui est administratif et j’imagine qu’en France, la paperasse, c’est “super relou”. Au moins quand tu es salarié, c’est simple : tu touches ton blé chaque mois. Et puis je suis un animal social : à l’école, j’adore les travaux de groupe. Créer ta boîte, seul dans ton salon, avec un plaid sur les genoux, je vois ça d’ici ! Je sais, il y a des incubateurs, des salles de coworking. Mais ce n’est pas comme la machine à café où tu débriefes ton week-end, avant de te remettre à ton poste. J’imagine enfin qu’au début quand tu te lances, c’est un peu la no life. Tu ne vois plus tes potes, ta famille… Tu bosses non-stop. Or, moi, j’aime bien buller ! »

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