Ploërmel. « Nous sommes à des années-lumière du cyclisme masculin »

« Je fais du vélo depuis que j’ai 10 ans. C’était à Josselin. Ma famille m’a transmis la passion : mon père, mon oncle, mon frère… Je n’ai fait que ça comme sport. » Le vélo, elle s’y connaît, Audrey Cordon-Ragot. Championne du Morbihan à l’âge de 12 ans, trois titres de championnes de France espoir, glanés dans trois disciplines différentes, et quadruple championne de France du contre-la-montre en titre : la jeune femme de 29 ans a avalé du bitume.

« Il y a plein de sujets à travailler et améliorer dans le cyclisme féminin » , évoque-t-elle immédiatement. La rouleuse a en tête les premières assises du cyclisme féminin breton, qui se sont déroulées ce samedi 2 février, au lycée La Touche de Ploërmel. L’événement régional, organisé par le Comité de Bretagne, devait promouvoir le cyclisme féminin, en présenter le contexte national et régional et annoncer le projet fédéral, tout cela autour de tables rondes et de groupes de travail. « C’est typiquement français
ça » , maugrée la jeune femme. « Organiser des regroupements, sans qu’il ne se passe grand-chose derrière. C’est bien les rencontres, mais il faut que des choses soient mises en œuvre. » Le ton est donné.

Pas de statut professionnel

« Le vélo féminin est présent en Bretagne : nos équipes, comme les Breizh Ladies par exemple, ont des bons résultats et ramènent des médailles, mais on manque terriblement de médiatisation. » Selon Audrey Cordon-Ragot, un tour de France féminin « aiderait peut-être.
On se bat pour ça en tout cas ».

Originaire de Pontivy, la quadruple championne de France évoque alors sa propre situation. « Moi par exemple, je n’ai qu’une licence amateur. Et je dois me mettre en autoentrepreneur pour toucher mon salaire. » Les meilleures coureuses cyclistes du pays n’auraient alors aucun statut professionnel ? « Non, rien. Ni de salaire minimum. » Selon la Bretonne, cyclisme féminin et masculin sont incomparables. « On pourrait dire que le cyclisme féminin de haut niveau est aussi développé que le cyclisme masculin des années 1990. Imaginez la différence. »

Intégrée au sein d’une nouvelle équipe, l’Américain Trek-Segafredo, depuis 2019, la championne ne laisse pas les obstacles institutionnels lui barrer la route. Les ambitions personnelles sont intactes. « Je suis dans la tranche d’âge la plus performante pour une femme.
Je n’ai pas de plan de carrière, mais j’aimerais réaliser des podiums sur le World Tour, ou aux championnats du monde pourquoi pas. Je ne compte pas rouler jusqu’à mes 40 ans, mais je n’ai pas prévu de m’arrêter. Je vais jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020. Après, on verra. »

 

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