Montpellier : lampes Art JL, et la lumière fut ! – 02/04/2019

Après une carrière de chimiste dans une start-up, Jérôme Peyronnet  a changé radicalement de voie. Aujourd’hui, il récupère et transforme de vieux radiateurs vintages pour en faire des lampes uniques et de toute beauté. L’art de réinventer avec classe un patrimoine et des époques révolues.

Il y en a qui aime tomber la chemise, Jérôme Peyronnet, lui, a préféré tomber la blouse. Celle du chimiste enfermé dans son laboratoire. Arrivé à Montpellier pour ses études, il a bossé, une fois diplômé, dans une start-up franco-américaine, au cœur d’un partenariat entre le monde de l’entreprise, l’université de Montpellier et le CNRS.

Jérôme Peyronnet excelle également dans l'art de la calligraphie contemporaine
Jérôme Peyronnet excelle également dans l’art de la calligraphie contemporaine
– DR

Le credo : travailler sur la recherche et la mise au point de médicaments contre les hépatites B et C, entre Cap Gamma, à Euromédecine, Paris et Boston. La société a le vent en poupe et passe vite de 3 à 150 personnes.

Chimiste de formation

« Le problème, c’est que plus la boîte grossit, moins il y a de passion scientifique. Et puis, quand on réussit à mettre un médicament sur le marché, c’est le Graal. On peut faire aussi bien mais jamais mieux (*) ».

Je suis un intégriste du détail

Notre rat de laboratoire déserte alors l’aventure des biotechnologies, les espaces confinés et les horaires contraignants en 2013, à 36 ans, pour « s’ouvrir des perspectives » et l’horizon d’autres ailleurs.

Un bilan de compétences plus tard, il se crée son propre mantra : « Pour savoir ce que l’on veut faire, il faut savoir ce que l’on ne veut pas faire ».

Un vieux radiateur trouvé dans un grenier

L’inspiration lui vient lors d’une visite familiale, en Auvergne, quand il trouve dans le grenier  « un vieux radiateur qui appartenait à ma grand-mère. Un objet oublié en métal et chrome, très loin de l’ère du pétrole-plastique et qui, dans les années 1930, était un vrai produit de luxe ».

Jérôme s’emploie d’abord à effacer l’outrage des années abandonnées et à lui redonner tout son lustre, avant de lui insuffler une seconde vie sous la forme d’une lampe, à nulle autre pareille et délicieusement vintage.

Un vrai boulot de restauration

Il chope le virus du recyclage, se fait carrossier pour désosser, ponceur, apprend à manier la bombe (de peinture) pour remettre en état ces objets tombés en désuétude, « souvent très abîmés. Beaucoup sont en fer, donc rouillés. D’autres recèlent de l’émail, très fragile ».

Un vrai boulot de restauration, minutieux, qui finalement n’est pas si loin de ses premières amours :  « La chimie est un travail manuel de précision et moi, je suis un intégriste du détail. Méthodique et précis ».

Un design qui parle de son époque

Il écume brocantes et vide-greniers, « même si aujourd’hui mes principales trouvailles, je les fais en ligne, sur des sites spécialisés ». Son fonds de commerce, « ce sont à 80 % des chauffages d’appoint, plus quelques haut-parleurs ou lampes à bronzer ».

Mais ce qui passionne Jérôme Peyronnet, c’est l’histoire que lui racontent tous ces objets. En appartenant à leur époque, leur design en dit long sur la société d’alors. « On a la gamme Elge qui est très Saint-Ex, avec des formes façon aérospatiale ».

Non seulement le patrimoine familial se voit réinventé mais il se voit offrir une seconde vie.
Non seulement le patrimoine familial se voit réinventé mais il se voit offrir une seconde vie.
– DR

Une autre tendance flirte ouvertement avec le côté bling-bling made in USA, façon grosse calandre américaine. Ou encore « les modèles Calor des années 1940-50, qui avaient des noms de colonies françaises, comme le Calor Congo ».

Transmission d’un patrimoine familial

Cet art de la transformation (upcycling) et de la transmission d’un patrimoine familial réinventé, il en a fait une société, Art JL, couvée d’abord par Contex’art, puis façon auto-entrepreneur.

Une gageure dans un monde où les pièces uniques et numérotées ont bien du mal à exister face aux objets interchangeables et à l’obsolescence programmée.

Mais si Jérôme Peyronnet ne joue plus avec les molécules, il est toujours un (al)chimiste qui apporte un peu de magie. Et ça, ça n’a pas de prix.

(*) Il s’agit de la start-up Idenax, qui a découvert la telbivudine, molécule permettant de lutter contre l’hépatite B et d’en réduire les effets secondaires. En 2015, l’entreprise a été rachetée  par les laboratoires Merck.
Contact : www.artjl.fr ;  06 82 05 51 98.

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