Les sportifs, des entrepreneurs comme les autres, Efficacité personnelle

Le monde du sport ressemble parfois à s’y méprendre à celui de l’entreprise. Des sportifs professionnels se confient sur la gestion d’une carrière au haut niveau, et livrent leurs conseils aux entrepreneurs.

Gérer les levées de fonds, attirer le sponsoring, et organiser les rendez-vous. Voilà le quotidien… du sportif. Ils sont près de 4.000 sportifs professionnels en France, selon l’Association nationale des ligues de sport professionnels. L’agenda du sportif ressemble donc à s’y méprendre à celui d’un entrepreneur. « Le quotidien dans le sport auto est une vraie entreprise, confirme Romain Dumas, pilote automobile professionnel depuis dix-huit ans et double vainqueur des 24 Heures du Mans. On doit faire des rapports après chaque course : des rapports techniques et des rapports de course pour les ingénieurs. On s’occupe de réserver les avions, des factures, etc. On doit aussi gérer les partenaires, présenter des nouvelles voitures pour Porsche aux quatre coins du monde. »

Cette multi-activité s’est accrue depuis l’arrivée du numérique, en facilitant notamment le rapprochement du sport et du marketing. « Je fais beaucoup de choses en même temps, avoue Mohamed Medelsi, break danseur professionnel depuis cinq ans et aujourd’hui à l’Opéra de Paris. Je dois gérer les contacts par mail et par téléphone pour les invitations aux événements et aux compétitions. » Dans ce contexte, le bon usage des réseaux sociaux est lui aussi devenu indispensable. « Je poste régulièrement des photos et des vidéos sur Instagram et Youtube. C’est grâce à cela que j’ai aujourd’hui trois sponsors. »

Savoir se vendre

La recherche de sponsors et de financement forme la première des difficultés pour le sportif de haut niveau comme pour le startuppeur. Pour signer ces contrats, briller par ses performances ne suffit pas. « La question est de savoir comment on va chercher des partenaires pour améliorer les conditions d’entraînement et viser un peu plus de haute performance », souligne Marie-Amélie Le Fur, athlète française huit fois médaillée aux Jeux Paralympiques. À trente ans aujourd’hui, elle assure avoir changé de stratégie : « J’ai dû lancer une démarche plus agressive de recherche de sponsors si je voulais atteindre mon ambition pour les Jeux de Tokyo l’année prochaine. Je travaille sur l’image de marque que je peux véhiculer, chose que je ne sais pas faire naturellement. » Pour se vendre, donc, le recours au « personal branding » gagne en importance, comme dans l’entrepreneuriat.

Avec le recul, le pilote automobile Romain Dumas, quarante et un ans, analyse le glissement des qualités nécessaires pour se faire connaître. « À l’époque, on se présentait devant un partenaire avec un book, avec des coupures de presse ! On est passé en vingt ans de la mise en avant d’un savoir-faire, avec la compétence sportive, à celle des savoir-être, avec le paraître des réseaux sociaux. »

Romain Dumas a gagné les 24 heures du Mans en 2010, 2013 et 2016. 
– JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Savoir s’entourer

Comme l’entrepreneur, le sportif doit savoir former une équipe performante. Au service de l’athlète, selon Marie-Amélie Le Fur : « J’ai plusieurs coachs, mais c’est moi qui gère ma carrière au quotidien, qui définit mes objectifs. Cela me permet de mieux m’investir et de ne pas subir. » À son tour, alors, de conseiller les entrepreneurs : « Il faut être patient. C’est important de ne pas chercher à avancer seul, même si on doit rester propriétaire de son projet. Il est également essentiel de savoir toujours communiquer, notamment avec sa famille, pour partager notre projet avec eux, et ne pas créer de déséquilibre. »

L’importance de la famille, Michael Kuzaj en est convaincu. Il est l’agent mais aussi le compagnon de l’une des trois meilleures joueuses de tennis françaises actuelles, Alizé Cornet. Selon lui, cette double casquette joue un rôle de catalyseur. Le jeune homme rapproche volontiers sa discipline de l’entreprise : « C’est un sport individuel. Toute la structure est gérée par le joueur au début de sa carrière et, à mesure qu’il se professionnalise, par des managers et des agents. Une joueuse peut s’entourer de préparateurs physique et mental et de kinés, ce qui représente entre 50.000 et 150.000 euros de charges sur une saison, en incluant les déplacements. »

Savoir rebondir

Pour autant, entre sport et entreprise, Michael Kuzaj retient avant tout 
l’échec comme dénominateur commun
« L’échec est récurrent dans le tennis. Les joueuses perdent le plus souvent toutes les semaines. Il faut savoir gérer cet échec, l’analyser, pour arriver au succès. Il faut avoir des valeurs fortes pour ne pas se frustrer. » La prise de risque financière est aussi un autre point commun : « Au-delà de la 100e place chez les filles et de la 200e place chez les garçons, ça commence à ne plus être rentable. »

Gérer l’échec, c’est aussi avoir une grande faculté d’adaptation, un peu comme lorsqu’une start-up ajuste son offre ou son 
modèle économique
pour être plus performante. Et pour cela, pas de secret. « L’organisation et l’anticipation sont les clefs de la réussite. On ne peut pas être dans la réaction, il faut toujours être dans la projection », conclut Marie-Amélie Le Fur.

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