Le macronisme et la technique de l’enfumage smantique

Le macronisme et la technique de l’enfumage sémantique.


Le mougeon, 50% mouton, 50% pigeon, 100% français… Plus c’est gros, mieux ça passe… Voilà des slogans qui peuvent être l’apanage de nombre de nos hommes politiques et d’une large part de la caste journalistique, tant leur mépris pour la « vile populace » est grand.

Comme l’a heureusement montré depuis de nombreuses semaines l’inédite et belle mobilisation des Gilets Jaunes, tous les français ne sont pas les « mougeons » qu’imaginent nos « élites » (si, si, entre guillemets, j’insiste !).

Plus personne n’est dupe : de Balkany à Cahuzac en passant par Juppé, Fillon ou Ferrand, la liste des noms de ceux qui s’accommodent du droit, ou à tout le moins de la morale la plus élémentaire, serait trop longue à énumérer et l’exposé de leurs turpitudes salirait mon propos.

Mais finalement, le pire n’est peut-être pas là où on le pense… La pire escroquerie de ces dernières années est sans doute intellectuelle et sémantique… Elle a commencé sous Hollande, mais s’est amplifiée sans aucune commune mesure avec la trahison du maître par l’élève et l’avènement de la macronie (avec un petit m, j’insiste !).

Le « progressisme » macronien a débuté en 2015, lorsqu’ont été revues les règles sur le travail le dimanche… La voie du « progressisme » s’est poursuive en 2016, avec la loi El Khomri (en réalité, « loi Macron ») sur la réforme du droit du travail, puis avec les ordonnances prises sous la présidence Macron en 2017, libéralisant largement la logique de ce droit et le code du travail…

« Progressisme », « Renaissance » et « Nouveau Monde » obligent !!! 

Progressisme, Renaissance et Nouveau Monde à tous les niveaux d’ailleurs : désormais, on ne fera plus jamais de la politique de la même façon nous a-t-on dit sans rire… On ne fera d’ailleurs plus rien de la même façon… On ne sera plus de droite, ni de gauche : on sera pragmatique et on résoudra ainsi tous les problèmes des français (de préférence ceux des premiers de cordée d’abord), problèmes qui ne sont ni de droite, ni de gauche… Ni de droite, ni de gauche ou au contraire les deux en même temps ! Selon les périodes, Macron est en effet socialiste[1], libéral[2] ou encore patriote[3]… Alors qu’il avait déclaré « le protectionnisme, c’est la guerre »[4], voilà même que les partisans du Nouveau Monde se découvrent depuis peu des tendances protectionnistes[5] (ultra fashion en cette période d’élections européennes !). Macron se dit même populiste[6] : on aura tout entendu ! C’était auparavant l’insulte suprême, mais la crise des Gilets Jaunes est passée par là !!!

Donc « Progressisme », « Modernisme », « Renaissance » et « Nouveau Monde » montrent la voie face aux « pesanteurs », « blocages », « conservatismes » et « ringardismes » d’un « Ancien Monde » totalement dépassé et bon à « foutre à la poubelle » !!!

Un parfum de Nouveau Testament et de Messie tout cela (le terme de Président jupitérien utilisé par EM lui-même[7] était bien trop modeste) !!!

Une chose est sûre : Emmanuel Macron a réussi à ringardiser les partis politiques « classiques », surfant, au moment de la présidentielle, sur l’écœurement des français face à un système de menteurs et de corrompus… Résultat, 25% des voix (seulement 18% des inscrits !) au premier tour et 66% au second tour, mais avec un taux d’abstention record depuis 1969 (le vote Macron étant pour beaucoup d’électeurs non pas un vote favorable, mais un vote « contre » Le Pen…).

Conséquence de tout cela : une bipolarisation manichéenne et naïve entre les « gentils » progressistes ouverts, européistes, mondialistes (un peu plus protectionnistes et patriotes à l’approche des européennes tout de même…) et les « méchants » populistes, extrémistes de gauche ou de droite, nationalistes, favorables au repli, racistes et intolérants…

Au final, une vaste escroquerie sémantique où l’on utilise des termes à tort et à travers, de manière approximative, en allant même jusqu’à leur donner une signification radicalement opposée à leur sens premier et pourtant évident !!! Cette manipulation sémantique est telle qu’on va jusqu’à faire dire à un mot son exact contraire…

L’écran de fumée ou, devrais-je dire, la vaseline macronienne est digne des meilleures techniques de manipulation psychologique : empathie, communication positive et engageante (programmation neuro linguistique – PNL), gaslighting, projection mentale (stratégie du bouc émissaire, victimisation et culpabilisation)…

Analysons le vocabulaire de la langue du « Nouveau Monde » plus en détail…

Utilisé à toutes les sauces depuis la campagne présidentielle, le « progressisme » a sans doute été le maître mot, générateur du nouveau langage branché !

Ce terme possède un triple avantage :

  • il procède de la communication positive : optimisme, ouverture, vocabulaire engageant et mobilisant…,
  • en soi, sorti de son contexte historique, c’est un terme complètement creux (comme l’essentiel de la langue du Nouveau Monde). Il ne veut absolument rien dire, puisque tout le monde peut y mettre ce qu’il considère comme un progrès et peut y trouver son compte (c’est tout l’intérêt)…
  • partant de ce qui précède, le mot peut attirer les élites boboisantes d’une droite réformatrice… Outre qu’ils se qualifiaient déjà de progressistes, il peut également séduire les bobos néo socialos qui, dans la bonne société provinciale, veulent se déringardiser en soutenant (sans rire !) qu’en simplifiant le code du travail (c’est une antiphrase), Macron œuvre pour le progrès social et la prospérité…

Tous ont en commun de s’opposer aux « conservatismes ringards », sources de blocage de la société française…

Autre terme également très utile et pratique : celui de conservateur ! Sorti de son contexte historique, lui non plus ne veut rien dire et sonne tout aussi creux que le progressisme, à l’instar d’ailleurs du macronisme et du Nouveau Monde en général : nous sommes tous pour le progrès, donc le conservateur c’est l’autre !

Macron a ainsi réussi ce tour de force de faire en sorte que le vocabulaire utilisé en politique et en sciences politiques ne veuille plus rien dire ! Et ce, à dessein, sans que beaucoup n’y trouvent à redire, dans une classe politique, il est vrai pour l’essentiel bien affligeante.

Car, même si Hollande avant Macron avait largement contribué au fait que le mot socialisme n’ait plus de sens, souvenons-nous tout de même de la signification des mots progressiste, conservateur ou réactionnaire dans le langage politique traditionnel !

Le progressisme était traditionnellement associé au marxisme et aux diverses utopies (c’est le moins que l’on puisse dire !) socialistes : le progrès devait consister à améliorer la condition de la classe ouvrière spoliée (le prolétariat pour les plus radicaux) face aux capitalistes rentiers… Le candidat Mitterrand l’avait lui-même dit et osé en 1981 : il faut abattre le capitalisme ! Dans une rhétorique révolutionnaire, tel Robespierre ou Fouquier-Tinville, Paul Quilès avait lancé, à propos de personnages clés du pays, « il ne suffit pas de dire que des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles ! » (ce n’était heureusement qu’une métaphore) …

Finalement, le progressisme d’alors n’était rien d’autre que ce que Macron qualifie aujourd’hui de populisme… Démagogie, arguments simplistes et manipulation ! La suite l’a démontré…

A l’époque, on taxait de « réactionnaires conservateurs » ceux qui entendaient empêcher la progression des droits sociaux et les « réformes » sociales (en gros, les « ringards » giscardiens ou assimilés d’antan)… 

Aujourd’hui, c’est tout l’inverse ! Soulignons de nouveau le tour de force de Macron, dans la continuité de M. Hollande… Ils sont les principaux artisans de cette inversion sémantique, brouillant par là-même la « carte des points de repère politiques » :

  • les ringards réactionnaires et conservateurs d’hier sont devenus les progressistes et réformateurs d’aujourd’hui : il faut libérer les forces vives et l’entreprise…
  • les progressistes d’hier sont devenus les ringards, conservateurs, voire les extrêmes ou populistes d’aujourd’hui : les droits sociaux, c’est dépassé… Trop de social tue le social…

Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes et surtout pas les bobos du Nouveau Monde avec les ringards restés vraiment de gauche ou encore pire avec les ringards de la CGT (du point de vue desdits bobos bien sûr) !

Brouillage complet des boussoles politiques… Demandez aux électeurs socialistes ce que signifie désormais ce terme : bonne chance ! Quant aux anciens électeurs de M. Sarkozy, demandez leur ce que signifie LR : entre les ralliés au RN, les fidèles, les constructifs et les ralliés à LREM (dont Juppé), compliqué ! Ne parlons pas de l’écolo « Dany le Rouge » qui, en soutenant Macron, choisit désormais le camp de l’ultralibéralisme (incompatible avec l’écologie), après être passé par presque toutes les couleurs de l’échiquier politique…

Très fort ce Macron ! Capable d’engager une politique que Sarko n’aurait jamais osé mettre en œuvre, il peut parallèlement parvenir à nous faire gober que son progressisme est favorable aux « pauvres » par une mise à contribution réglée des « riches rentiers »…

Et ce ne sera qu’une demi-vérité ou si l’on préfère un complet mensonge…Tout dépend en effet de ceux qu’on qualifie de « riches » ou de « rentiers »… Si par malheur, propriétaire de votre maison, vous n’êtes pas locataire, vous serez un « riche »… Si, comble des privilèges, vous possédez ne serait-ce qu’une petite résidence secondaire, vous serez un « ultra-riche » ! Car, il ne faut pas s’y méprendre : Macron veut nous faire oublier que les vrais riches (ou ultras riches) sont ceux qu’il qualifie de « premiers de cordée » (entre autres, les 500 personnes en France possédant 1/3 du total des richesses[8]) : pour eux, suppression de l’exit taxe et de l’ISF… Vive les paradis fiscaux !!! Par contre, tout propriétaire foncier (le gang des « rentiers ») devra désormais payer les faux « cadeaux » de la macronie. Car tout le secret est dans la sémantique : par opposition aux « pauvres », il suffit de qualifier les classes moyennes de « riches » et de continuer à tondre allègrement ces dernières. Le « riche », c’est son voisin, celui qu’on a sous la main : pratique ! Pas celui qui vit sur son yacht aux îles Caïmans et / ou dans sa luxueuse villa de Moustique avec ses comptes bancaires au Panama (je caricature bien sûr) ! Concernant les « premiers de cordée », nos Sauveurs, il faut d’ailleurs les préserver envers et contre tous (les odieux Gilets Jaunes) du poids insupportable des taxes réservées aux mougeons !!!

Pour les bobos marcheurs, le Gilet Jaune d’aujourd’hui, c’est un peu le « sans dents » d’hier ! Il cumule tous les défauts : à la fois « pauvre » (comble de la nullité pour « l’élite » macronienne – entre guillemets j’insiste !), « riche » aigri (la classe moyenne), « conservateur » (opposé aux réformes libérales « lol ») et « populiste » !!!

En un mot, si l’on excepte les premiers de cordée et une certaine « élite » (toujours entre guillemets), c’est du Peuple (qui a soutenu jusqu’à 75% les gilets jaunes fin 2018) dont il est question. Ou plutôt pour les bobos de la « populace » qui a fait si peur à l’« élite », comme jadis les sans-culottes faisaient peur aux aristocrates !!!

Le Peuple, mélange d’illettrés, de « riens », de fainéants (alcooliques dans certaines régions) et de gaulois réfractaires, peu enclins à l’effort !!! Alors qu’il suffit de traverser la route pour trouver du travail, voire de créer son entreprise : car l’entrepreneuriat est devenu l’alpha et l’omega du vocabulaire et du projet macronien… Mais, pas n’importe quel entrepreneuriat : l’auto-entrepreneuriat ubérisé ! Tout est fait pour le favoriser, quitte à mettre en difficulté l’artisanat traditionnel et la petite entreprise, tout en faisant de l’auto-entrepreneur un « esclave » à bas coût du Nouveau Monde : plus de charges, plus de congés payés, plus de grèves, plus de risques, plus de contrat de travail, plus de licenciement pour celui qui paye une prestation : mais une main d’œuvre taillable et corvéable à merci ! Sans aucun doute un dispositif prometteur qu’il faudra sans doute évaluer, puis un jour étendre : une mutation d’avenir pour recaler un jour le salariat dans les tréfonds de l’Ancien Monde ?

Finalement, le projet macronien s’est formé sur une image dévalorisée du Peuple et enrichi d’individus bobos ou boboisés (souvent médiocres, mais c’est purement subjectif) ne voulant pas ou croyant ne pas faire partie du Peuple… A côté de l’élite parisienne et financière (sans guillemets, encore que…) issue de quelques grandes écoles, voire quelques grands lycées qui jubile, il y a tous ceux qui la côtoient (de près, mais le plus souvent de très loin) ou ne la côtoient pas mais pensent en faire partie… Ce sont les « élites » (avec guillemets) de certains « petits cercles bobos » de province (vision des élites sans guillemets, mais pas que…).

Jamais le mépris des Français et leur stigmatisation n’étaient allés aussi loin, tout en étant assumés et tout en cultivant leur culpabilisation, premier pas possible d’un engagement en faveur du « Nouveau Monde »… Très puissant psychologiquement la culpabilisation ! Souvent, une femme battue se considère contre toute évidence comme fautive des coups qu’elle reçoit, parce qu’elle est sous l’emprise de celui qui la bat… Rares sont celles qui osent se révolter !

Le mépris du Peuple et la dénonciation du populisme et des extrêmes sont un des socles de la macronie. Les divers partis traditionnels ayant été ringardisés, cette stratégie a été la traduction de l’opposition à la LFI et au RN… Concernant LFI, Macron a pu compter sur la collaboration inattendue de la « personne sacrée » de M. Mélenchon qui s’est divinement et durablement décrédibilisé.

La stratégie préexistante de bipolarisation politique entre libéraux européistes et mondialistes (un peu moins à la veille des européennes) d’une part et « populistes » « nationalistes » d’autre part, a ainsi pu notablement se renforcer, se traduisant par le face à face voulu par Macron contre Marine Le Pen.

Là encore, l’écran de fumée sémantique joue à plein : le terme « populisme », tel qu’employé par la macronie et l’élite politico médiatique, est complètement creux et ne veut rien dire… Si l’on donne au terme populisme le sens habituel de manipulation des masses par abus de démagogie, on peut en effet considérer que la plupart des politiques sont populistes. Cependant, à tout seigneur, tout honneur : la palme d’or du populisme ne peut revenir qu’à Emmanuel Macron, puisqu’entre 2015 et 2019, il a sans doute été le seul homme politique capable d’être socialiste, libéral et patriote… Une véritable performance ! Le grand débat n’a-t-il pas d’ailleurs été une édifiante démonstration de populisme ? Chacun en jugera, mais mon opinion est faite… D’ailleurs, en véritable multicarte de la politique, Emmanuel Macron le reconnaît lui-même depuis peu (et sans rire…), il est « un vrai populiste », puisqu’il est « avec le peuple » [9] !

Procéder par amalgame et diaboliser ses adversaires constitue une autre technique de la macronie pour les neutraliser.

Ainsi, aimer sa Nation, prétendre à l’existence d’une identité, d’une culture, d’une histoire de traditions françaises est assimilé au nationalisme totalitaire et fasciste.

Selon Macron, il n’y a d’ailleurs pas de culture française, mais des cultures en France[10].

Prenez garde, car tous les peuples dans le monde peuvent revendiquer une identité, une culture, des traditions, une histoire et prétendre à leur respect, mais en aucun cas la France !

Soutenir le contraire, c’est être fasciste !

Les néo théoriciens de l’amalgame font fi des sciences sociales, de la science politique et en particulier de la psychologie : l’existence de tout groupe social et sa pérennité sont conditionnés par des liens sociaux déjà mis en évidence par Emile Durkheim, qui supposent des normes, des valeurs, des partages communs… Cela n’exclut pas une certaine diversité, bien sûr riche, indispensable et profitable au groupe, dès lors que les différences ne menacent pas sa cohésion d’ensemble…

Les théoriciens de l’amalgame font également fi de l’importance donnée par la révolution à l’idée de Nation : l’amalgame consiste à assimiler les concepts constitutifs de la Nation au nationalisme brun et au racisme… Avec de telles assimilations, pourquoi ne pas rapprocher les termes socialiste et stalinien ? Bon nombre d’actuels marcheurs, ex socialistes dans l’âme, devraient se poser des questions et peut-être s’interroger sur le vote émis par des députés de leur ex parti lors de périodes troubles de l’histoire : l’amalgame est facile n’est-ce pas ?

Le « vivre ensemble » ne devrait pas être l’« accepter n’importe quoi ! ». Mais c’est peut-être parce c’est parfois ce qu’il est devenu, qu’il faut de plus en plus nous résoudre à subir des coups de force dans la vie de tous les jours : récemment, à Grenoble, une quinzaine de femmes a investi d’autorité une piscine municipale en burkini, en violation du règlement intérieur, pour revendiquer le droit de se baigner couvertes[11]… Peut-être ignoraient-elles sans doute qu’en démocratie, selon les termes mêmes de la déclaration des droits de l’homme, la liberté des uns commence où s’arrête celle des autres, ces limites étant fixées par les règles en vigueur ?[12] Cela vaut juridiquement pour toute liberté et sans doute encore plus pour la liberté religieuse dans une République laïque.

Comme l’a pertinemment souligné la chroniqueuse Anne-Sophie Chazaud  » les actions provocatrices d’entrisme islamiste, visant l’instauration progressive et plus ou moins brutale des règles et mœurs de l’islam politique en France, font régulièrement partie du paysage. Il ne s’écoule guère de saisons sans qu’une opération hijab ou burkini vienne mettre le feu aux poudres, surfant sur les inconséquences d’un personnel politique souvent frileux, clientéliste ou tout simplement effrayé, ces trois options pouvant être complémentaires » (http://www.lefigaro.fr/vox/societe/burkini-dans-une-piscine-de-grenoble-ne-cedons-rien-face-a-la-provocation-20190524).

Dans le même temps, les sites de voyages incitent à réviser des habitudes et codes vestimentaires qui pourraient être ceux de femmes voyageant dans des pays musulmans : « pas de décolleté, de vêtements moulants ou de jupes courtes (…) »[13]. Le site du ministère des affaires étrangères, bien que moins explicite, reste sans équivoque : « adopter une attitude de réserve et de discrétion en matière vestimentaire et de comportement[14] » (élégant, non ?).

Mais peu importe notre culture (n’est-ce pas d’ailleurs xénophobe de parler de notre culture ?) puisqu’il n’y a pas de culture française !

Depuis l’incendie de Notre Dame et l’émotion palpable de la Nation (croyants, non-croyants, laïcs, personnes de diverses confessions), devant ce drame touchant un symbole unique de notre histoire, Macron a cru devoir en partie se raviser en parlant de « rassembler » à travers le « projet national et européen », de retrouver « l’art d’être français », c’est-dire « être enraciné » « attaché à notre histoire » tout en étant attaché à des valeurs universelles et d’avenir[15]

Au-delà d’une risible et maladroite volte-face de circonstance, il a ainsi rappelé les liens sociaux constitutifs de la cohésion d’une Nation et d’une identité, non exclusive au demeurant… Serait-il pour autant devenu également nationaliste ?

Autre outil de manipulation : l’instrumentalisation de la fake news. Elle est une arme redoutable pour tout détenteur de la vérité contre ceux qui ne sont pas d’accord avec lui : puisqu’il est détenteur de la vérité, tout ce que ses adversaires expriment relève potentiellement et par définition de la fake news.

Evidemment, pour les libéraux européens, fake news et populisme constituent un pléonasme.

Pourtant, la fake-news qu’elle prétend combattre est devenue l’arme de la droite ultra-libérale en Europe… S’il fut une personne attachée à l’identité, à la culture et à l’histoire de la France, éléments essentiels de la Nation, c’est bien l’homme d’exception que fut le Général De Gaulle. Selon des propos rapportés par Alain Peyrefitte (qui n’engagent donc que ce dernier) et qui ont fait polémique, le Général aurait même parfois formulé cette idée sous une forme très « contestable » dans la sphère privée [16] (il faut bien le reconnaître, le cas échéant bien sûr et si l’on prend connaissance des écrits de M. Peyrefitte).

Mais la récupération n’a pas de limites ! Les mêmes qui contestent (à juste titre) une part d’excès dans les propos rapportés par un intime du Général et en partie leur véracité, ne voient rien à redire dans ce qui s’assimile (à ma connaissance) à une fake news… En effet, personne ne fournit clairement les références d’une citation faussement attribuée au Général, au demeurant bien utile pour coller l’étiquette de « haine » à tous ceux qui se disent attachés à leur Nation : « le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres ».

Et pour cause ! Cette phrase, dont on peut clairement douter qu’elle soit du Général, est sans ambiguïté directement inspirée de Romain Gary. Elle figure à la page 371 de son essai « Pour Sganarelle » (1965, éditions Gallimard) : « le patriotisme, c’est d’abord l’amour, le nationalisme, c’est d’abord la haine, la patriotisme, c’est d’abord l’amour des siens, le nationalisme, c’est d’abord la haine des autres ».

Outre l’amalgame opéré par « l’élite », sur la base de ce type de raisonnement, entre attachement à la Nation et nationalisme brun, il faut ajouter l’imposture d’une prétendue haine liée à cet attachement. Une chose est sûre, la sémantique du Nouveau Monde et de son mentor, à défaut de haine, est empreinte, ce qui est souvent pire, de la défiance et du mépris des élites des beaux quartiers (et des mythomanes qui pensent en faire partie), à propos de ceux qui « ne sont rien » : vous savez, les ex « sans dents » ? 

Cette « élite » de la pensée unique soutient à bout de bras une droite ultra libérale (amalgame des libéraux, centristes et socialo libéraux) de plus en plus à bout de souffle en Europe, car souvent rejetée par les populations lasses et exsangues ! Pour éviter une débâcle (inéluctable à terme), les arguments de la caste du Nouveau Monde sont indignes, pathétiques et totalitaires (la pensée unique ne l’est-elle pas ?) : est qualifié de nationalisme brun, sans autre forme de procès, l’attachement à son identité, à sa culture, à ses traditions, à son histoire, en un mot à sa Nation … Pire, la montée des populismes et des nationalismes serait comparable à la période pré-totalitaire des années 30…

Le stratagème fonctionnera peut-être encore un temps, mais la corde est usée et finira par rompre.

Si l’incendie de la colère des français (jusqu’à 75% de soutien aux gilets jaunes fin 2018) a été enrayé, les braises sont encore chaudes : les français attendent plus de justice sociale et fiscale, ainsi qu’une participation réelle au processus de décision politique et un pouvoir de contrôle sur les élus… Le rideau de fumée se dissipe et les français sont de moins en moins disposés à considérer comme crédibles les épouvantails agités par des libéraux aux abois qui leur prédisent l’apocalypse !

Quant à la sémantique des « marcheurs », elle est d’une prétention inouïe et à la hauteur du mépris qu’ils affichent pour leurs adversaires : proche de l’insulte, elle mériterait d’être rapidement révisée… Outre les relents totalitaires de cette sémantique, le soit-disant Nouveau Monde et la soit-disante Renaissance tendent à reléguer au rang « d’abrutis » ceux qui n’y adhèrent pas : ces derniers peuvent alors légitimement à leur tour se demander si les artisans de ce « renouveau » (avec un petit r) sont à la hauteur d’un Raphaël, d’un Michel-Ange ou d’un Léonard de Vinci. La réponse est assez évidente pour qui est amené à en côtoyer au quotidien… Elle devient tout particulièrement criante lorsque l’on écoute leur nouvelle égérie pour les européennes…

 


[12] article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789

[16] Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome 1, éditions de Fallois/Fayard, 1994, p. 52.

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