Immersion dans les cyberpartis de l’Union européenne

Dix Partis Pirates (PP) de l’Union européenne dont un représentant français vont signer le 9 février 2019 dans la ville de Luxembourg leur déclaration commune en vue des élections européennes de mai prochain. Nous vous proposons une immersion dans ces cyberspartis nés en 2006 en Suède de la révolution numérique, des partis qui se décrivent comme spontanés et qui en fonction des pays arrivent à s’inscrire dans le temps. Nous nous sommes rendus au Parlement européen où siège une eurodéputé Pirate allemande depuis 2014 mais aussi en République tchèque où le parti est devenu une formation d’opposition solide avec 22 députés au Parlement. Enfin au Luxembourg, deux pirates viennent d’intégrer le Parlement en octobre 2018.  Qui sont ils, ces pirates qui ont décidé de « hacker » le monde politique ?  Peu connus du grand public, le mouvement a pourtant essaimé dans une quarantaine de pays. Leur devise : « Liberté, démocratie, partage ». Leur source d’inspiration : la cyberculture. 

Le reportage d’Anne Fauquembergue est suivi d’un débat avec la porte-parole du PP français Florie Marie et Arthur Renault, chercheur spécialiste des usages d’internet à Rennes au laboratoire Arènes. 

Le Parti Pirate tchèque « hacke » tous les niveaux de la vie politique 

L’impulsion des partis Pirates en Europe vient aujourd’hui de la République tchèque. Dans ce pays, le PP a été créé il y a 10 ans. Âgé de 39 ans, Ivan Bartoš était présent dès 2009 et il est aujourd’hui le Président du PP tchèque. Chanteur mais aussi accordéoniste, cette personnalité très populaire dans le pays est titulaire d’un doctorat en sciences de l’information et a travaillé dans l’industrie des services informatiques.  Identifiable à ses dreadlocks blondes et son visage aux traits aiguisés, nous l’avons rencontré dans le bouillonnant parlement tchèque. « Nous sommes entrain de hacker tous les niveaux de la politique tchèque. Nous avons un sénateur, 22 députés au Parlement. Nous avons au moins 350 représentants au niveau municipal dont le maire de notre capitale Prague. Et nous gouvernons aussi dans des coalitions dans les grandes villes d’Ostrava, Brno ou encore ma ville natale Jablonec nad Nisou, 50 000 habitants, au Nord du pays, en Bohème. » explique-t-il. 

Ivan Bartoš dit faire la politique « moderne, libérale, centristre » de son pays. La lutte contre la corruption est dans l’ADN des 900 membres du Parti Pirate tchèque marqués par les affaires qui concerne le parti ANO au pouvoir. Dans ce clip de campagne qui date des législatives de 2017, nous entendons le Président du PP tchèque s’en prendre à Andrej Babiš, le Premier Ministre. Est fait référence au scandale du « nid de cigogne », un détournement présumé de fonds européens que les Pirates et leurs 900 membres ont contribué à faire éclater. 

« Les pirates représentent la jeune génération tchèque qui rejettent la corruption et qui s’inscrivent dans l’héritage de l’ancien Président Vaclav Havel » explique Nicolas Maslowski, le directeur du Centre de civilisation française et d’études francophones à Varsovie, en Pologne. Vaclav Havel a toujours soutenu la société civile encourageant dans ses écrits à développer la « vie indépendante de la société. » Toutefois, dans ce grand reportage, d’autres politologues, notamment Petr Jüptner se disent septiques, estimant que la structuration du parti pirate en une petite communauté de 900 membres qui discutent leurs décisions de manière très horizontale limite à terme le développement du parti. 

En octobre dernier, les pirates ont obtenu un mandat exécutif très symbolique. Zdeněk Hřib est devenu le maire de Prague, capitale européenne d’environ 1,9 millions d’habitants.  « Nous souhaitons améliorer les infrastructures de transports : construire des nouveaux périphériques, des lignes de métro mais aussi améliorer le réseau des lignes ferroviaires périurbaines. Nous voulons aussi rendre le logement plus accessible pour les citoyens de Prague. Enfin, il y aura une digitalisation de la gestion de la ville pour qu’elle soit ouverte à tous les citoyens » précise-t-il à France Culture à l’occasion d’en entretien en janvier 2018. 

Au Luxembourg, la vision pragmatique de la politique de Sven Clément

Au Luxembourg, le parti pirate existe aussi depuis 10 ans et il vient de faire entrer au Parlement deux députés dont Sven Clément.  Âgé de 30 ans, cet ancien socialiste a fait passer sa formation de 14 membres en 2009 à 450 aujourd’hui. Il refuse de voir son parti comme une communauté de « geeks » et développe sa vision pragmatique de la politique : 

 » Les Pirates ont compris qu’en 2019, nous ne pouvons plus décliner la vie digne que par un travail de 40 heures par semaine pendant 40 ans, Nous devons le décliner dans un système de « précariat », dans un système d’autoentrepreneur virtuel. Nous devons trouver les solutions aux mêmes problèmes que ceux qui ont fait naître les mouvements des socialistes, de la gauche ou des libéraux. Les Pirates déclinent les grands thèmes historiques d’une nouvelle manière. »

Sven Clément a 30 ans et ce pirate vient d'entrer au Parlement du Luxembourg
Sven Clément a 30 ans et ce pirate vient d’entrer au Parlement du Luxembourg
Crédits : Anne Fauquembergue

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Sven Clément : « c’est un mouvement qui a compris l’impact de la numérisation car la plupart des membres initiaux travaillaient dans ce domaine »

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Officiellement 16 partis pirates sont créés au sein de l’union européenne mais seulement 12 sont actifs. A des degrés divers d’implication.  Seuls, Les tchèques, les luxembourgeois et les allemands ont des élus nationaux ou européen.  Les espagnols et les français se contentent de quelques représentants dans les conseils municipaux. Les pirates se fédèrent grâce au Parti Pirate Européen. Une femme tchèque de 26 ans  en est la Présidente. Elle s’appelle Marketa Grégorava. 

Marketa Gregorova est entrée au Parti Pirate tchèque il y a six ans à l'âge de 18 ans
Marketa Gregorova est entrée au Parti Pirate tchèque il y a six ans à l’âge de 18 ans
Crédits : Anne Fauquembergue

Radio France

« Actuellement, le parti pirate européen est une organisation parapluie qui nous permet de nous connecter entre les pays.  Au départ, la structure a été créée parce que des pirates suédois ont eu des sièges au Parlement européen mais comme nous n’avons pas eu de bons résultats en 2014 – puisque nous n’avons qu’une eurodéputée pirate actuellement c’est Julia Reda – ça s’est transformé en une plateforme qui nous permet de nous soutenir entre nous au niveau de l’argent parce que bien sûr chaque membre cotise. » 

Dans ce grand reportage, nous sommes aussi au Parlement européen rencontrer cette eurodéputé Pirate Julia Reda âgée de 32 ans.  Elle a commencé à militer chez les sociaux-démocrates à l’âge de 14 ans. Mais le SPD a été incapable selon elle de s’emparer de la révolution numérique, notamment sur le partage des fichiers dans les années 1990. 

Le samedi 9 février, dix des seize partis pirates se retrouveront à Luxembourg pour signer une déclaration commune pour les élections européennes de mai prochain. Pour la première fois, les Partis Pirates vont sortir de leurs thèmes originels concernant le numérique pour couvrir un champ plus large de sujets. 

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