Élections européennes 2019. Native de Tchécoslovaquie, elle a épousé un Anglais en France

Renata, Tchèque de 51 ans, entourée de son mari Jon, Anglais de 60 ans, et de sa belle-maman Daphnée, Anglaise de 87 ans. Le trio vit à Saint-Germain-du-Corbéis et loue « le bel outil de paix » qu'est l'Europe.
Renata, Tchèque de 51 ans, entourée de son mari Jon, Anglais de 60 ans, et de sa belle-maman Daphnée, Anglaise de 87 ans. Le trio vit à Saint-Germain-du-Corbéis et loue « le bel outil de paix » qu’est l’Europe.

S’il est un foyer dans lequel l’Europe prend tout son sens, c’est bien celui de Renata Hlavacek, près d’Alençon. Née en Tchécoslovaquie en 1967, elle vit depuis 23 ans en France où, il y a dix ans, elle a rencontré Jon, un Anglais d’aujourd’hui 60 ans.

Le couple s’est marié à Alençon et, depuis 16 mois, accueille la maman de Jon, une Anglaise de 87 ans.

« Les frontières, ça me mine ! »

Autant dire que ce trio a une vision bien élargie de l’Europe. « C’est la liberté de mouvement, des échanges plus faciles et la disparition des frontières ! », annonce d’emblée Renata. Elle se dit « très inquiète des mouvements nationalistes qui ont notamment eu raison de [son] pays ».

« Les frontières, ça me mine ! En 1993, quand le pays s’est scindé en deux, ça a séparé ma famille dont une partie s’est retrouvée en Slovaquie et l’autre en République Tchèque ».

Née d’une mère Tchèque et d’un père Français, elle a débarqué en France, pour la première fois, en 1990. Elle avait 23 ans.

« Ma grand-mère était Française et il y avait toute une partie de ma famille que je ne connaissais pas et que je n’avais jamais vue. Parce que nous vivions de l’autre côté du rideau de fer ! »

« Pas une immigrée contrainte »

Alors quand l’Europe de l’Est s’ouvre au monde, Renata franchit les frontières.

« C’était drôle parce que la France me faisait fantasmer ! Je lisais d’ailleurs beaucoup de romans français. J’imaginais ma grand-mère, habillée en Chanel et posant au pied de la Tour-Eiffel ! Et c’est à Ancinnes que j’ai retrouvé mes grands-parents ! Mon grand-père avait le béret sur la tête et une cigarette aux lèvres », sourit Renata.

Elle y a d’abord séjourné avec un visa de tourisme, « pour connaître ma famille et pour apprendre le Français ». Puis est repartie en République Tchèque. « Je ne manquais de rien en Tchéquie. Je ne suis pas une immigrée contrainte et je suis très attachée à ma famille tchèque ! », précise l’Européenne qui revient néanmoins en France deux ans plus tard avec une véritable ambition professionnelle.

Pas d’équivalence d’études à l’époque

« Je voulais être guide touristique pour les Tchèques en France ! J’ai d’ailleurs passé un diplôme de guide ». C’est finalement comme fille au pair, en banlieue parisienne, qu’elle pose ses valises. Huit mois qu’elle ne fait pas forcément figurer au rang des meilleurs souvenirs.

« J’étais seule du matin au soir et je manquais de repères dans les codes de la vie française. Vue depuis la République Tchèque, j’étais super-bien payée mais pour le niveau de vie français, c’était un peu compliqué. J’étais en décalage total ».

Pas de quoi la faire renoncer à son rêve français néanmoins. « Je me souviens de l’effet qu’avaient sur moi les supermarchés et même les magasins de meubles avec tous ces canapés ! Alors qu’en Tchéquie, tu avais le choix entre deux modèles, en gros ! C’était impressionnant mais au final, on s’habitue vite ! Et plus tard, le décalage, je l’ai vécu quand je retournais chez moi, en République Tchèque ».

Renata, Tchèque de 51 ans, entourée de son mari Jon, Anglais de 60 ans, et de sa belle-maman Daphnée, Anglaise de 87 ans. Le trio vit à Saint-Germain-du-Corbéis et loue « le bel outil de paix » qu'est l'Europe.
Renata, Tchèque de 51 ans, entourée de son mari Jon, Anglais de 60 ans, et de sa belle-maman Daphnée, Anglaise de 87 ans. Le trio vit à Saint-Germain-du-Corbéis et loue « le bel outil de paix » qu’est l’Europe. (©L’Orne-hebdo)

Car Renata s’est définitivement installée en France. Elle y a rencontré l’amour et a donné naissance à un fils. Dans le même temps, elle a repris ses études d’infirmière.

« J’avais obtenu mon diplôme en République Tchèque mais il n’y avait pas d’équivalence en France, à l’époque. Mon Bac a été reconnu mais j’ai dû reprendre en 2e année d’école d’infirmière ».

Fixée dans l’Orne, c’est à l’école de la Croix-Rouge d’Alençon qu’elle s’inscrit. « J’y ai été très bien accueillie et très bien encadrée ».

L’Europe, un outil de paix

Elle vit d’ailleurs plutôt bien son retour sur les bancs de l’école. « Ça m’a aidé à me remettre à niveau en Français mais aussi dans la pratique », convient celle qui reconnaît que « l’Europe permet cela : de poursuivre ses études supérieures à l’étranger ! »

Elle ne cache pas être « pour l’Europe » même si elle l’aimerait « plus sociale, plus dans l’échange encore et avec moins d’exploitation d’une main-d’œuvre moins chère qu’en France ». Elle ne cesse de rappeler que « l’Europe est un outil de paix ».

« Il ne faut pas oublier tous les mouvements nationalistes qui ont conduit à des conflits. Il ne faut pas que tout cela recommence. Parfois, j’ai l’impression que les gens n’apprennent pas de l’Histoire, c’est malheureux ! »

Ouverte sur les autres, « comme tous les déracinés », elle s’est liée d’amitié avec de nombreux étrangers. « Et notamment un couple d’Américains établi dans la Sarthe ». C’est par leur intermédiaire qu’elle a rencontré Jon, il y a dix ans, « à l’occasion d’un dîner chez eux ».

Envie d’une grande maison et de soleil !

Ce Britannique était de retour en France, après un premier séjour de sept ans. « La vie était trop chère en terme de logement en Angleterre. J’avais envie d’une grande maison et d’un jardin ! », annonce le professionnel du bâtiment qui avait acheté « une ruine » en Dordogne en 1989.

« J’avais aussi envie de soleil et j’ai regardé la distance que je pouvais effectuer en une journée entre Londres et le point le plus bas de la France ! »

Ce fut donc la Dordogne. Pour des raisons personnelles, il regagne l’Angleterre en 1996. Dix ans plus tard, il la quitte de nouveau. « Cette fois, j’ai réduit la distance. Je me suis installé en Sarthe ! », sourit-il. Titulaire d’un diplôme d’enseignant, il est désormais auto-entrepreneur et dispense des cours d’anglais.

Mobilité de la population

Pour lui aussi, l’Europe « est synonyme de mobilité de la population » et donc « de possibilités de rencontres » enrichissantes. En Européen convaincu, il se positionne « contre le Brexit ».

Renata, la Tchèque, et Jon, l'Anglais, se sont rencontrés en Sarthe à l'occasion d'un dîner chez des amis américains !
Renata, la Tchèque, et Jon, l’Anglais, se sont rencontrés en Sarthe à l’occasion d’un dîner chez des amis américains ! (©L’Orne-Hebdo)

Ces dernières années, depuis la France, il a vu sa maman « s’isoler socialement quand elle a dû quitter sa maison londonienne pour intégrer un appartement » en raison de son âge. Avec Renata, ils ont alors construit le projet de l’accueillir. Ils ont loué une maison de plain-pied à Saint-Germain-du-Corbéis, avec un jardin et une chambre supplémentaire. Et en février 2017, Daphnée, 86 ans, les a rejoints.

Des « French copines »

« On a pu le faire donc on l’a fait ! », sourit le couple. Depuis, Daphnée a retrouvé le sourire et les joies du jardinage. Mais aussi une vie sociale « plus riche ». Elle a désormais des « French copines » avec lesquelles elle partage sa langue maternelle pour les faire progresser en anglais mais aussi de belles parties de rire autour de karaokés ou de soirées culturelles.

« Parce que l’Europe, c’est aussi une offre culturelle riche ! », témoigne Renata qui se souvient encore « qu’en Tchécoslovaquie, avant la chute du rideau de fer, les gens lisaient beaucoup et lisaient partout ! La culture était une échappatoire politique et un moment de liberté ». Un réflexe qu’elle a toujours conservé. Même aujourd’hui en France.

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