Edition de Thionville Hayange | VIDEO. Paroles de femmes Gilets jaunes à Aumetz : « Les loisirs, on n’y pense pas, les vacances encore moins… »

La veille au soir, Danièle et son mari se sont branchés sur l’actu Facebook des Gilets jaunes « un peu partout en France ». Ces infos en direct sont devenues un baromètre, leur « JT » depuis le début du mouvement, même si madame « préfère la télé ». Depuis son petit appartement en location à Errouville, le couple a aussi bricolé une pancarte à l’aide d’une vieille cagette de légumes.

Danièle, 66 ans : « On compte tout  »

Dimanche matin, Danièle, capuche rabattue sur la tête pour affronter les rafales, lèvres teintées de rouge, s’est muée en porte-drapeau à l’occasion d’une marche des femmes organisée ce dimanche au départ du rond-point d’Aumetz. « Ma retraite, souffle cette ancienne salariée d’une usine de conditionnement de dattes à Marseille, c’est 350 € par mois. » Un retour dans la cité phocéenne relève d’une douce utopie. Il arrache un sourire à ces deux-là, désormais enracinés en Meurthe-et-Moselle. « Avec mon mari, une fois qu’on a payé les factures, il ne reste rien. Heureusement qu’on a le jardin. On compte tout. Les loisirs, on n’y pense pas. Les vacances encore moins… »

Dans le cortège qui progresse pacifiquement jusqu’à la mairie d’Aumetz, une auxiliaire de vie à domicile confie son malaise. Raconte « le travail à la chaîne » malgré elle, dans un quotidien où il reste si peu de place pour l’humain. « Je fais pourtant un métier formidable. Mes papis mamies, je les aime moi ! »

Allison, 24 ans : « Gilet jaune pour mon fils »

Du haut de ses 24 ans, chevelure sombre fouettée par les bourrasques, Allison a mis de côté la douceur de son foyer pour rejoindre les « Amajaunes. Le café a été avalé à la hâte « et tant pis pour le ménage ! », rit-elle. Il a fallu emmitoufler le petit Ethan, 5 ans, trop heureux de s’aventurer parmi les adultes, « une vraie famille », selon sa maman. « Il est là, il est là, t’inquiète, » lui crie-t-on alors que la jeune femme entame une tournée de bises. Un jour, Allison est passée à côté du rond-point du Saint-Michel, à Thionville. Elle a arrêté le moteur, est sortie de la voiture. Depuis, elle est de toutes les luttes, navigue d’un rond-point à l’autre. « C’est pour lui, les générations futures, que je suis venue ce matin. Aujourd’hui, les Gilets jaunes font partie de ma vie : je vais aux assemblées, je pense même aller à Saint-Nazaire » Il y a quatre ans, elle a lancé son entreprise de toilettage. Aujourd’hui, elle est amère même si son affaire « ne marche pas trop mal » : « En tant qu’autoentrepreneur, on est étranglé par les taxes., je n’ai pas de couverture maladie. Et ce gouvernement qui ne bouge pas… C’est honteux ! »

Sur les coups de midi, les Gilets jaunes devaient partager une saucisse et des frites autour des braseros. La friteuse, emballée sauvagement dans un sachet plastique, est arrivée quelques heures plus tôt au camp reconstruit après un incendie , voici quelques semaines. Ici aussi, la vie, comme le combat de ces hommes et ces femmes, continue.

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