donateurs ou opposition, qui sont les vrais misérables ?

D’aucuns se sont saisis de l’objet transitionnel Notre-Dame afin d’égrener leurs idées en matière de fiscalité. Ils ont conspué les lois « Aillagon » et autres dispositifs législatifs sur le traitement fiscal des sommes investies sous la forme de mécénat. Les autres portent haut les valeurs conservatrices en invoquant l’impératif de rénover ou reconstruire à l’identique. Soutenus par leurs amis, moqués par ceux qui rappellent l’espiègle façon dont Viollet-le-Duc est sans doute celui qui a le plus écorné la promesse de respecter la tradition de l’ancienne flèche. En cela, Viollet-le-Duc était sans doute un maitre en politique avant d’être un ingénieux architecte lorsqu’il a remporté le concours avec son maitre de l’époque, Jean-Baptiste-Antoine Lassus.

Débattez, débattez, il en restera quelque chose. Mais les choses deviennent dérangeantes lorsque la mécanique rhétorique employée bascule dans le sophisme, le mensonge. Il est reproché aux grands donateurs les sommes extravagantes qu’ils ont annoncé vouloir verser pour aider Notre-Dame à passer cette épreuve effroyable.

Mais aussi et surtout il leur est opposé de préférer l’objet « Dame de Pierre » aux Misérables, c’est-à-dire les 14 % de pauvres imputés à la France par les regrettables mais très officielles statistiques de l’INSEE. Misérables, terme devenu célèbre par l’entremise des écrits de Victor Hugo dans un ouvrage éponyme.

Cette argumentation est scandaleuse, sophistique et honteuse. Ne pas protester, lorsqu’en interview, quelqu’un avance cet argument et laisser prospérer les fondements de ce qui mine le marché du journalisme et l’économie des médias en général, les infox, les fake news. Permettez-moi de détourner la célèbre phrase de Chesterton pour affirmer : « quand les gens cessent de croire la vérité, ils ne croient en rien et quand ils ne croient en rien, ils croient en n’importe quoi ».

Certes, je peux comprendre que les sommes qui ont été annoncées dépassent l’entendement. 100 millions ici, 200 là-bas. Rares sont ceux qui peuvent, sans appeler leur banquier, mobiliser plus d’argent que les budgets consacrés par l’État pour sa politique en matière de préservation du patrimoine.

Je n’adhère absolument pas à l’assertion, je la comprends, je la tolère devrais-je dire plus précisément, car l’argent, on le sait, entretient une relation compliquée avec les ouailles d’un peuple français de culture judéo-chrétienne. Embrumer l’auditeur du matin, et relayer les messages de ces malhonnêtes dont je n’ai pas envie de citer le nom en donnant à entendre que les groupes Arnault, Pinault, Bettencourt, Bouygues préfèreraient la pierre aux gens, c’est à minima faire preuve d’une affligeante capacité d’analyse, au pire d’une malhonnêteté désarmante. À l’approche des épreuves du Baccalauréat, présenter un tel raisonnement donnerait en retour une faible note et une claquante observation de l’examinateur : « Hors sujet ».

Le Groupe LVMH (Famille Arnault) emploie plus de 156 000 salariés. Il est passé entre 2012 et 2018 de 106 000 au nombre indiqué. Le Groupe Kering (Famille Pinault) emploie plus de 44 000 salariés ; le Groupe Bouygues 115 000 salariés ; le Groupe L’Oréal un des actifs de la famille Bettencourt 86 000, etc.

Combien de fournisseurs travaillent pour ces groupes dont la France doit s’honorer ? Prenons le premier d’entre eux : leader mondial du luxe, LVMH fédère 70 Maisons d’exception, réalisant 46,8 milliards d’euros de ventes en 2018, avec un réseau mondial de plus de 4 590 magasins.

Est-ce aux groupes qui donnent du pouvoir d’achat aux Français, de la TVA à l’État, des taxes et des impôts permettant à la clé de voute du système social français de tenir solidement, au savoir-faire français d’attirer des millions de touristes, ou à Mme Manon Aubry dont le parti frère a employé des auto-entrepreneurs, statut que le candidat Mélenchon s’est employé à dénoncer durant toute sa campagne présidentielle ? J’aurais la décence de ne pas appuyer sur d’autres plaies d’actualités qui blessent la France insoumise en ce moment.

Concluons-vite et soyons violent, comme de nombreux entrepreneurs, je ne tendrais pas la joue gauche. Mais attention, en arguant d’un argumentaire juridique solide, soyez-en prévenu !

Celles et ceux qui comparent les grands donateurs pour la refondation de Notre-Dame à des exploiteurs de la plèbe qui préfèrent la pierre aux pauvres sont des terroristes de la pensée, les « caravanes de la mort » de l’argumentation.

Amis journalistes, publiez-moi ; chers opposants, attaquez-moi mais avant ça, retenez le dernier jugement de la CEDH qui a condamné l’Espagne pour violation de la liberté d’expression lors de la condamnation d’un activiste pour l’utilisation du mot torture. Je vous provoque car je n’ai pas la hauteur de vue de Maitre Dupond-Moretti répondant à Bernard-Henri Lévy qui taxant l’avocat d’« obscénité » et de « vanité », reçut en retour cette merveille rhétorique fulgurante. Pour lui répondre, il convoqua une lettre anthologique d’un célèbre peintre surréaliste belge, « le 3 mai 1936, Magritte a écrit au critique Dupierreux qu’il n’était qu’une « vieille pompe à merde », je n’ai, hélas ni le talent, ni l’audace de Magritte.» Je n’ai que la rage d’un entrepreneur-activiste, à l’instar de cet Espagnol, qui ne veut laisser le débat aller au-delà de la décence.

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