Carrosserie. La tôlière, c’est elle

Alors qu’elle travaillait pour le service des ventes de la presse régionale hebdomadaire, Corinne Le Roy a tout lâché, juste avant ses 26 ans, pour rejoindre son père Serge, carrossier à Lézardrieux (Côtes-d’Armor). Depuis l’an passé, la patronne, c’est elle.

Une bourrasque de vent accueille le visiteur devant l’atelier de la Carrosserie de la Presqu’île, à Lézardrieux (Côtes-d’Armor). À l’intérieur du bâtiment, mis à part dans les bureaux, il fait à peine plus chaud que dehors. « Et l’été, c’est tout l’inverse », rigole Corinne Le Roy. « Mais en fait, qu’est-ce qui est difficile ? Quand on est passionné, rien n’est vraiment très dur… ».

Sous pression

Pour la mère de famille qu’elle est aujourd’hui (elle a un petit garçon de 5 ans et demi, Ilyess), l’avenir professionnel ne se dessinait pourtant pas ainsi. « Je n’ai jamais joué à la poupée. J’étais davantage dehors avec mon grand frère, à faire du vélo, à construire des cabanes ou à faire des lancers de patates pourries… Et quand j’étais à l’école, c’est le métier de la vente que j’ai choisi ». Après un BTS, Corinne intègre le service des ventes de l’Écho de l’Armor et de l’Argoat, à Guingamp. « J’aimais bien, l’ambiance était bonne, puis j’ai été mutée à Saint-Brieuc, et d’un coup, j’ai été confrontée à un métier sous pression, où on nous parlait chiffres tout le temps ; ça m’a dégoûtée ».

C’est vrai que nous sommes très peu de femmes dans ce métier

« Elle m’a un jour téléphoné en me disant qu’elle démissionnait ; j’avais peur qu’elle prenne la mauvaise décision », annonce Annie, sa mère. « Comme j’étais à quelques mois de mes 26 ans, je pouvais encore prétendre à un apprentissage », ajoute Corinne, à qui son père Serge propose alors de venir travailler avec lui. Petite déjà, elle ne comptait pas les heures passées dans le garage, à trier la caisse à boulons. C’est souvent elle aussi qui décrochait le téléphone, même la nuit, pour être sûre qu’on la prendrait dans le camion, à l’époque où son père faisait encore des dépannages 24 h/24 h. Elle dit donc banco ! « Pourtant, même si j’étais d’accord, je ne savais pas bien pour faire quoi, ni sous quelle forme… ». Ce sera un apprentissage de carrossière et de peintre, avec un CAP puis un brevet de maîtrise à la clé, qu’elle obtient au CFA-CERCAP à Aucaleuc, près de Dinan (Côtes-d’Armor).

Apprentie à 26 ans, patronne à 36

« Au début, j’ai travaillé au Lapin Rouge de Guingamp pour me faire de l’argent car, après un salaire de commerciale, devenir apprentie avait fait chuter mes revenus de moitié, puis mes parents m’ont prise en CDI ». Un fournisseur en peinture la fait concourir. Elle finit première au national et cinquième sur 17 à l’international. Au garage, elle allie ses deux métiers, la vente et la carrosserie même si ce dernier métier reste très rare pour une femme. « J’ai une copine qui travaille sur Saint-Malo comme auto-entrepreneur de déco de moto mais c’est vrai que nous sommes très peu. Je ne connais qu’elle et moi en Bretagne ». Aujourd’hui, et après dix ans avec ses parents, Corinne est désormais la patronne. « Les soucis de santé de mon père et l’âge de sa retraite sonnant, j’ai pris le relais ».

Corinne emploie sa mère à mi-temps au secrétariat et travaille avec deux hommes, Julien et Benoît. « Je pourrais même embaucher, au vu des commandes que j’ai, mais je reste vigilante. On forme une super équipe, on travaille en rigolant bien, mais j’ai eu des mois difficiles en démarrant, malgré l’aide de tous mes partenaires, comme le notaire, la banque… Alors je joue la carte de la prudence ». Avec, dans un coin, une boîte à boulons, comme dans son enfance. Et une passion intacte.

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